samedi 20 octobre 2012

Le journal est-il mort ?

Une nouvelle tonitruante est venue cette semaine bouleverser le monde de la presse. Le célèbre magazine américain Newsweek a décidé l'arrêt de son édition papier. Le vénérable magazine vieux de 80 ans a fait une véritable révolution culturelle en étant le premier journal à abandonner définitivement le format papier en 2013 pour passer au 100% numérique sur Internet et les supports mobiles (smartphones, tablettes et liseuses). La démarche audacieuse de Newsweek a surpris les obsevateurs les plus avertis. Elle n'en est pas moins le prélude à une nouvelle ère dans le journalisme.

Les dirigeants de Newsweek expliquent leur décision par la chute de 51% de la diffusion du titre depuis 5 ans et les conditions difficiles du marché publicitaire dans la presse écrite (1). Mais les difficultés économiques du journal ne sont pas les seules raisons de ce virage stratégique à 360°. Car Newsweek accompagne une mutation du comportement du lectorat qui abandonne progressivement le support papier pour aller vers les multiples écrans numériques. En effet, rien qu'aux Etats-Unis, ils seront 70 millions d'américains à utiliser des tablettes d'ici la fin de l'année et 39% de la population choisit déjà le web pour s'informer.

Les difficultés de la presse papier ne datent pas d'hier. Qu'elle soit nord-américaine ou européenne, la presse papier vit depuis plusieurs années une crise chronique due à la baisse de son lectorat et de ses recettes publicitaires. Les changements de formule et de format et les multiples opérations de rachat n'ont pas réussi à dynamiser le secteur. Car le lectorat a changé. Il lit autrement et il lit ailleurs. Entraînant avec lui les investissements publicitaires qui ont migré vers les supports numériques.

Pour tenter de rebondir la presse écrite a tenté de surfer sur la vague Internet dans les années 2000. La plupart des journaux ont lancé leur édition électronique, très souvent gratuite, en accompagnement de la version papier qui est restée l'édition de référence. Cela leur permettait de conquérir un nouveau marché et d'attirer de nouveaux investissements publicitaires tout en consolidant leur présence sur leur marché traditionnel. Mais la rude concurrence qui s'est installée dans le numérique et l'émergence de nouvelles formes de journalisme (blogs, réseaux sociaux...) ont érodé leur lectorat. Les éditeurs étaient donc contraints de trouver de nouvelles formules éditoriales mais également de nouveaux modèles économiques (2, 3) pour survivre dans le monde numérique.

Une autre révolution technique a accéléré l'érosion de la presse papier. L'arrivée des tablettes - à leur tête l'iPad - ont inauguré des comportements inédits chez le lectorat, déjà habitué aux liseuses de type Kindle, commercialisé par Amazon, le plus grand vendeur de livres numériques au monde. Au lancement de l'iPad, Steve Jobs, le patron d'Apple, avait déjà prédit le passage au tout numérique dans la presse écrite et s'était empressé de conclure des accords de diffusion du contenu journalistique pour tenter de fonder un nouveau modèle économique basé sur sa tablette.

Newsweek risque d'être suivi par d'autres grands noms de la presse mondiale. Cela signifie-t-il pour autant la disparition du journal papier d'ici quelques années ?

Tunis-Hebdo, le 20 octobre 2012

(1) Newsweek arrête son édition papier le 31 décembre et devient tout-numérique, La Tribune (http://www.latribune.fr/technos-medias/medias/20121018trib000725756/-newsweek-arrete-son-edition-papier-le-31-decembre-et-devient-tout-numerique.html)
(2) "La course au modèle gagnat", Courrier International (http://www.courrierinternational.com/article/2011/09/29/la-course-au-modele-gagnant)
(3) "Tendances, difficultés, crises de la presse écrite", Acrimed.org (http://www.acrimed.org/rubrique432.html)

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