mercredi 21 novembre 2012

Parité à l’ISIE : les démocrates m’ont tueR (*)

Grosse déception hier à l'assemblée nationale constituante (ANC). La parité ne sera pas appliquée dans la nouvelle Instance supérieure indépendante des élections (ISIE). Comme cela avait été pourtant le cas lors des élections de la constituante. Lorsque la haute instance de réalisation des objectifs de la révolution sous l'impulsion de Yadh Ben Achour avait réussi à promouvoir la parité dans le scrutin. Dans la logique des choses, l'on s'attendait à ce que la parité soit reconduite dans la composition de l'ISIE. Hélas ! Un grand rendez-vous avec l'histoire a été raté. Et la faute en revient paradoxalement aux... démocrates eux-mêmes, premiers défenseurs (supposés) de la parité.

Coupables et premiers responsables : les députés du bloc démocratique
La partie était très serrée. Et lorsqu'on examine le décompte final des voix fourni par Marsad, on se rend compte que la bataille a été perdue de très peu. Car il ne manquait que 7 voix  pour que la parité à l'ISIE passe.
Hier, curieusement plusieurs députés du bloc démocratique ont déserté l'hémicycle avant ce vote pourtant crucial. Ils étaient douze à ne pas avoir fait le déplacement. Ce nombre était largement suffisant pour faire triompher la parité. Mais par leur défection, ces absents ont eu tort et causé un tort majeur au combat pour la parité et l'égalité. Parmi les absents, des hérauts des libertés et des droits humains comme Samir Taieb, le député d'El Massar. Ou encore Issam Chebbi, dont le parti, Al Joumhouri, dirigé par une... femme, en l’occurrence Maya Jribi, est pourtant l'un des fervents défenseurs des droits des femmes. Sans oublier les Mehdi Ben Gharbia, Moncef Cheikhrouhou, Mahmoud El May, Mongi Rahoui...
Quand les démocrates s'allient à Ennahdha
Les démocrates n'ont pas seulement brillé par leur absence. Certains d'entre-eux ont même carrément torpillé la parité en votant contre ! Slaheddine Zahaf et Mohamed Ali Gharsalli, pourtant membres du même bloc démocratique, ont joint leurs voix aux députés d'Ennahdha pour faire barrage à la parité. Habib Ellouze, Ameur Laarayadh, Habib Kheder, Zied Laadhari... pour ne citer que ces pontes nahdhaouis peuvent être fiers d'avoir rallié à leur "cause" ceux qui se disent démocrates face aux caméras pour ensuite jouer aux félons dans les coulisses. Et il n'y avait pas que les hommes d'Ennahdha qui ont tué la parité dans l'oeuf puisque "leurs" femmes se sont particulièrement illustrées en votant très majoritairement contre. A l'exception notable de Farida Labidi qui a été le seul membre du parti islamiste (hommes et femmes confondus) et la seule femme d'Ennahdha à voter en faveur de la parité.
Autre star nahdhaouie et non des moindres à "casser de la parité", Mehrezia Labidi. La vice-présidente de l'ANC, en campagne permanente sur la thème de la "femme modèle" alliant tradition et modernité et se voulant la "représentante officielle de la femme tunisienne" et de ses causes historiques a raté une belle occasion pour la défendre avec la sincérité et le courage qu'on lui connait. Puisqu'elle était tout simplement absente.
Ettakattol tient toujours ses promesses
Autres "grands" absents de ce vote, la cohorte d'Ettakattol. Mustapha Ben Jâafar et ses principaux lieutenants Khalil Ezzaouia, Abdellatif Abid et Abderramane Ladgham ont préféré se retirer discrètement (Ben Jâafar ayant été moins discret). Ne nous avaient-ils pas juré et rabâché à longueur de médias que leur participation à la Troïka avait pour seul objectif de défendre les valeurs modernistes et progressistes et d'empêcher Ennahdha de faire cavalier seul ? Et bien, messieurs, c'est réussi ! Bravo pour le travail !
Pour couronner ce concert d'honneurs fait à la démocratie, le geste généreux de Lobna Jribi - encore une députée d'Ettakattol - qui a "rendu service" à deux de ses collègues en votant... à leur place. Chose formellement interdite par l'article 94 du règlement interne de l'ANC qui rappelle que "le vote est personnel et ne peut se faire par procuration ou par correspondance".
Al Bawsala à l'honneur
Enfin, il faut saluer le travail gigantesque de l'association Al Bawsala qui se mobilise pour la transparence de l'information à l'ANC. Ce sont ses militants qui, à chaque fois, rassemblent et mettent à la disposition du public les données relatives au vote malgré le peu d'empressement, voire même l'obstruction, manifesté par l'ANC à les y aider. Cette jeune association a déjà réussi son pari. Et malgré les difficultés, elle est parvenue à regrouper toutes les informations utiles sur les députés de l'ANC, leurs activités dans les commissions et leur vote, dans l'excellent Marsad. Un site à consulter impérativement pour suivre de près le travail des élus de la nation, très critiqués par nombre de nos concitoyens pour leur lenteur et leur inefficacité alors qu'ils sont payés aux frais de la princesse.
Crédit photo : Divertsité.be
(*) Il ne s'agit pas d'une erreur de frappe. Le titre de l'article est un clin d'oeil à la célèbre inscription, faite avec son sang, attribuée à Ghislaine Marchal, présumée assassinée par Omar Raddad, le jardinier marocain gracié en 1998 par Jacques Chirac.

Webdo, le 21 novembre 2012

lundi 19 novembre 2012

Comment Ennahdha a vendu la Tunisie au Qatar


Les ambitions planétaires du Qatar ne font plus de doute et sont visibles à l'oeil nu. Energie, immobilier, hôtellerie... et même le football ! Le Qatar est présent partout dans le monde et rachète à tour de bras les plus beaux fleurons des économies occidentales. Bénéficiant d'une incroyable complicité de la part de dirigeants politiques locaux pourtant démocratiques. Le nouveau statut du minuscule émirat du Golfe, où les qataris eux-mêmes représentent à peine 20% de la population, a changé spectaculairement depuis le lancement il y a 15 ans d'Al Jazeera, la chaîne d'information continue. Al Jazeera a préparé le terrain au "printemps arabe" et permis à l'émirat de surfer allègrement sur la vague des révoltes populaires qui ont balayé de puissants dictateurs arabes. Le Qatar ne cache plus ses ambitions planétaires. Et profitant de la bénédiction américaine, il intervient de plus en plus dans les politiques locales de ces pays pour assurer ses propres intérêts économiques et géostratégiques.
Partenariat économique ou retour d'ascenseur ?
En Tunisie, avec l'arrivée des islamistes d'Ennahdha au pouvoir, le tapis rouge a été déroulé aux Qataris. Et on ne compte plus les secteurs économiques investis par la puissance financière de l'émirat. D'aucuns attribuent l'emprise qatarie sur l'économie de notre pays à un retour d'ascenseur d'Ennahdha qui aurait bénéficié des largesses financières de l'émir et de son soutien sans failles pour l'aider à conquérir le pouvoir. Si cette ingérence flagrante dans les affaires intérieures de la Tunisie reste à prouver, il n'en demeure pas moins que la présence des qataris en Tunisie dépasse le cadre d'un partenariat économique classique et inquiète plus d'un Tunisien lorsqu'on voit la facilité et la rapidité avec lesquelles des projets importants et stratégiques sont attribués au Qatar par le gouvernement provisoire.
Mode d'emploi : avec Ben Ali ou Ennahdha, à la fin c'est toujours le Qatar qui gagne ! 
Le gouvernement reprend souvent des projets stratégiques dans des secteurs sensibles (énergie, mines, transport aérien...), dont certains ont été accordés sous Ben Ali aux qataris dans des conditions plus que suspectes, pour les offrir en cadeau aux mêmes qataris de manière encore plus favorable. C'est-à-dire sans appel d'offres, sans débat sur leurs enjeux économiques, écologiques... et sans passer par l'Assemblée nationale constituante qu'Ennahdha proclame pourtant à cor et à cri comme le seul lieu de la légitimité. Une partie de ce processus trouble se déroule souvent via des mémorandums d'entente, sorte d'accord de gré à gré passé discrètement à l'abri des regards.
Dans cet article nous tenterons d'expliquer, projet par projet, comment Ennahdha est en train de brader la Tunisie aux "frères" qataris.
Diar Qatar : Ben Ali a préparé le terrain, Ennahdha finit l'ouvrage
Diar Qatar est un méga projet immobilier (villas de luxe, parcours de Golf, marina, restaurants...) qui s'étend sur 140 hectares, au coeur des palmeraies, entre Nefza et Tozeur. Ce projet a été tout bonnement reconduit sans aucune modification par le gouvernement dominé par Ennahdha. Il faut dire qu'il avait été voté en 2010 par des gens de confiance, à savoir... le parlement de Ben Ali. Sans même que les députés qui l'ont voté ne soient au courant du montant de la transaction qui leur a été cachée par le ministre chargé de l'affaire ! Le projet est passé dans la foulée d'autres méga projets immobiliers("Sport City" du groupe Abou Kathir près du Kram, "La ville des roses" du groupe émirati "Al Maabar" à Raoued, "La porte de la méditerranée" de Sama Dubai à l'entrée sud de Tunis...) généreusement octroyés à des opérateurs du Golfe. Ces projets présentés par la propagande benaliste comme des gisements d'emplois ont été très critiqués car ils représentent des forteresses isolées du monde extérieur, dont les infrastructures et les habitations sont économiquement inaccessibles aux Tunisiens, car destinées exclusivement à une clientèle fortunée de l'Europe ou du Golfe. Sans oublier leur coût écologique et urbain élevé.
Ces méga projets n'ont pas manqué de faire réagir -Z-, le célèbre caricaturiste et également architecte tunisien qui, déjà du temps de Ben Ali avait réservé une bonne partie de son blog, DEBATunisie, à dénoncer ces affaires aux relents mafieux. Diar Qatar ne semble pas échapper à cette règle. -Z- se pose de sérieuses questions sur le potentiel de développement d'un projet de villas de luxe dans une région pauvre, le qualifiant ironiquement de "Tourisme spatial". Déjà en 2008, en plein soulèvement du bassin minier, il se demandait comment Diar Qatar pourrait "transformer nos mineurs en colère en cosmonautes d'élite." En 2012, après la révolution, il est rejoint dans son scepticisme par des experts tunisiens de l'environnement qui exigent une étude sérieuse sur l'impact de projet sur l'environnement avant de démarrer les travaux. Le gouvernement provisoire, prompt à faire plaisir à ses amis qataris, a fait mine d'ignorer les dessous de ce projet de 80 millions de dollars, et ne semble pas concerné par son impact quasi nul sur le développement et l'emploi dans la région, encore moins ses conséquences potentielles sur le fragile écosystème de la région. Quand on aime (le qatari), on ne compte pas.
Raffinerie de pétrole de la Skhira : deux projets pour le prix d'un
Le projet de raffinerie à la Skhira est destiné à augmenter considérablement les capacités de raffinage de la Tunisie pour diminuer sa dépendance vis-à-vis de nos importations de brut et envisager même de répondre à la demande en hausse en raffinage du marché international. Ce projet qui a été lancé à l'ère Ben Ali a déjà fait l'objet d'un appel d'offres douteux remporté par les qataris de Qatar Petrolium. Le projet, initialement convoité par les algériens de la Sonatrach, était promis à Kadhafi - par l'entremise de Leila Ben Ali semble-t-il - mais des transactions occultes l'ont détourné à la dernière minute en faveur des qataris. Par la suite, sa mise en oeuvre a été retardée par une affaire de corruption dans laquelle serait impliqué Abdelwahab Abdallah, l'ancien conseiller de Ben Ali, qui aurait exigé des qataris le versement de commissions exorbitantes contre le démarrage du projet. La révolution a été bénéfique pour les qataris puisqu'ils récupèrent ce projet dans le cadre de l'habituel mémorandum d'entente. Le gouvernement provisoire, lui, n'a pas jugé utile de réexaminer les conditions douteuses du précédent appel d'offres, ni d'organiser un nouvel appel d'offres international pour obtenir la meilleure offre. Il a offert le projet de raffinerie de la Skhira dans un package avec un autre gros cadeau : le gisement de phosphates de Sra Ouertane. Le tout pour 7 milliards de dollars alors que dans le premier appel d'offres la réalisation de la raffinerie de Skhira était valorisée à elle seule à 6,3 milliards de dollars !
Mine de phosphates de Sra Ouertane : Ennahdha pire que Ben Ali 
Le projet Sra Ouertane est très prometteur. Cette mine située près du Kef produit du phosphate, matière première très demandée sur le marché mondial. En 2008, le gouvernement de Ben Ali avait déjà lancé un appel d'offres international pour mettre en concession 25% de la mine pour une valeur de 3 milliards de dollars. Selon les experts, les conditions d'exploitation de Sra Ouertane prévues dans l'appel d'offres de Ben Ali étaient loin de garantir parfaitement les intérêts de la Tunisie. Et voilà que le gouvernement actuel issu de la légitimité populaire gère avec encore moins de transparence le dossier stratégique de Sra Ouertane. En effet, la procédure de l'appel d'offres a été contournée pour laisser la place à une transaction directe entre Hamadi Jebali, le chef du gouvernement, et le prince hériter du Qatar conclue à Tunis à l'occasion de la visite de ce dernier en juillet dernier.
Le schéma est identique. On se met d'accord à travers la signature d'un mémorandum d'entente sans mettre en concurrence les qataris avec d'autres investisseurs locaux ou étrangers. L'affaire a été "liquidée" ni vu ni connu dans les coulisses de la Kasabh. Les qataris peuvent pavoiser car ils pourront exploiter non pas les 25% de Sra Ouertane prévus par Ben Ali mais la totalité de la mine ! Et lorsque le ministère de l'industrie est interpellé sur l'absence d'appel d'offres préalable, sa réponse est étonnante ! : les qataris assureront la mise à jour de l'étude de faisabilité du projet, très coûteuse pour être prise en charge par le gouvernement tunisien. Le ministère de l'industrie ne nous dira pas comment un candidat parmi d'autres à l'exploitation d'un projet puisse réaliser lui-même l'étude de faisabilité du même projet ! A l'évidence, on voit mal comment le projet Sra Ouertane échappera aux qataris. Et on imagine que l'appel d'offres international ne sera qu'une formalité. Puisque tout a déjà été décidé à l'avance dans les alcôves de la Kasbah. De quoi nous rappeler les détestables pratiques du régime de Ben Ali. Et dire que le gouvernement "légitime" nous a inlassablement matraqué avec ses discours zélés sur la transparence et l'intégrité des nouveaux gouvernants de la Tunisie. En attendant, Sra Ouertane s'ajoute à la liste des joujous qataris dans notre pays.
Gaz de schiste : le ministre roule pour Shell et c'est le Qatar qui rafle la mise
L'empressement du gouvernement à autoriser Shell à exploiter le gaz de schiste en Tunisie et le zèle produit par le ministre de l'industrie, Mohamed Lamine Chakhari, à défendre le dossier du géant pétrolier ont étonné la plupart des observateurs. Et voilà que les intentions qataries de mettre la main sur Shell confortent les doutes sur l'attitude de Chakhari. Car le Qatar, déjà actionnaire dans Shell à hauteur de 3%, envisage de devenir prochainement son premier actionnaire en portant sa participation à 7%. Donc Shell c'est le Qatar et notre gaz de schiste national tombera dans l'escarcelle des émirs du minuscule émirat du Golfe. De quoi alimenter davantage les accusations faites à Ennahdha sur ses relations douteuses avec le Qatar.
Tunisair : liberté totale à Qatar Airways ou comment achever un corps qui agonise
Le cas de Tunisair est emblématique de la sujétion d'Ennahdha au Qatar. Le gouvernement provisoire vient en effet d'accorder à la compagnie nationale qatarie, Qatar Airways, la fameuse cinquième liberté. Cela veut dire que les avions de Qatar Airways "joueront à domicile" puisqu'ils pourront embarquer et débarquer des voyageurs dans tout aéroport tunisien non seulement vers le Qatar mais aussi et surtout vers n'importe quelle autre destination dans le monde. Un privilège plus favorable que l'Open Sky - qui se limite aux vols entre les pays des compagnies membres - et que même Syphax Airlines, la compagnie privée pourtant tunisienne, n'a pas obtenu, se contentant seulement d'exploiter la ligne Tunis-Paris. D'ailleurs, on se demande pourquoi le gouvernement tunisien n'a pas poursuivi ses négociations sur l'Open Sky, potentiellement bien plus favorable à la Tunisie, pour s'empresser de signer en catimini avec le Qatar. C'est dire le cadeau royal offert sur un plateau au Qatar par le gouvernement de la Troïka.
Ultime affront pour Tunisair, l'accord avec le Qatar a été signé sans consulter ses dirigeants, ni même les syndicats, qui n'ont pas été associés aux négociations. Et les regrets du ministre des transports pour cette "omission" et ses promesses cyniques que l'avis de Tunisair sera pris en compte dans le futur, ne font qu'enfoncer le couteau dans la plaie béante du transporteur historique national. Surtout que la santé économique de Tunisair est catastrophique, avec un déficit record de 100 milliards de millimes subi en 2012. Si on ajoute à cela le fait que cet accord met le Qatar en concurrence directe avec Tunisair - déjà mal en point - sur ses propres destinations, on comprend mieux le malaise du management de la compagnie nationale qui n'a pas du tout digéré les faveurs généreuses accordées au Qatar, clairement très défavorables au transporteur national. Pire encore, Tunisair ne pourra pas bénéficier de la réciprocité que prévoit l'accord et desservir les aéroports qataris et ceux des pays du Golfe car elle ne dispose même pas de la flotte adéquate pour des trajets long courrier. Les mauvaises langues disent que la dégradation de la situation économique de Tunisair ne fera que précipiter son éventuel rachat pour la "sauver" d'une faillite certaine. Et quand on connait l'appétit insatiable des qataris pour les acquisitions industrielles, il n'y a qu'un petit pas à franchir avant de parler de complot visant à brader notre compagnie nationale au Qatar.
Gros cadeaux entre amis
Pourquoi Ennahda se montre-elle si généreuse avec les qataris ? Mise à part l'aide qu'il aurait apporté au parti islamiste avant les élections et qui se poursuivrait à ce jour, le Qatar financerait également avec beaucoup de générosité, certaines des innombrables associations du réseau associatif islamiste qui poussent comme des champignons depuis le 14 janvier 2011. Officiellement pour enrichir le tissu associatif national mais en réalité dans le but non avoué d'islamiser la société par le bas. Un projet cher à Rached Ghannouchi et parfaitement bien explicité par ce dernier dans sa fameuse vidéo avec des salafistes et confirmé par Abdelfattah Mourou dans une autre vidéo tournée avec Wajdi Ghounim, le prêcheur égyptien, lors de sa dernière "tournée" en Tunisie.
Pour assurer ses intérêts très particuliers et promouvoir son véritable projet pour la Tunisie, qui se situe aux antipodes de la révolution et de ses objectifs, Ennahdha a décidé de sacrifier notre pays et de livrer la Tunisie et ses richesses à la cupidité sans limites du grand frère qatari. Les spécialistes des mouvements islamistes vous diront que cela est normal car la loyauté d'Ennahdha s'exprime en premier lieu envers, "la société mère", la confrérie des frères musulmans et son projet islamique universel. Et le mouvement islamiste n'a aucune loyauté pour la Tunisie dont il traite les citoyens avec mépris. Cela a été prouvé à plusieurs reprises, lors de l'affaire de la profanation du drapeau national et de celle des harrakas de Lampedusa, ignorés par les leaders d'Ennahdha qui fêtaient un mariage collectif pendant que des Tunisiens périssaient par dizaines dans le grand large du rêve cauchemardesque d'Italie.
Crédit photo : Plus216.com
Webdo, le 19 novembre 2012

mardi 13 novembre 2012

Affaire du gaz de schiste : Shell accusé de corruption

L'affaire du gaz de schiste en Tunisie n'en finit pas de susciter des remous. Et ce n'est plus seulement la "propreté" de la technique utilisée pour extraire cette énergie controversée qui pose problème aujourd’hui. C'est la crédibilité de Shell lui-même qui est en cause. Principal accusé : le Tunisien Mounir Bouaziz, vice-président de Shell pour le Moyen-Orient et l'Afrique du nord.

M. Bouaziz est le personnage clé de la négociation entre le gouvernement tunisien et la multinationale anglo-néérlandaise dans l'exploitation du gaz de schiste dans notre pays. C'est lui qui a été reçu à la Kasba par le chef du gouvernement Hamadi Jebali pour lui présenter les plans de Shell en Tunisie en matière de gaz de schiste. En somme, M. Bouaziz est "Monsieur Shell en Tunisie".
Hier soir, pendant l'émission "9h du soir" sur Ettounissya TV qui a été consacrée en partie à la polémique sur le gaz de schiste en Tunisie, M. Bouaziz, en bon lobbyiste, est apparu à l'écran pour tenter de rassurer les Tunisiens sur le bien-fondé de la démarche de Shell. Avec un discours visiblement bien rôdé, il a mis en avant les "bénéfices" de cette énergie et promis des milliers d'emplois aux Tunisiens dans le cadre de ce projet. Il s'est même permis d'affirmer que Shell est un protecteur de l'environnement ! Minimisant les dangers de la technique extrêmement controversée de fracturation de la roche pour extraire le gaz et le fait qu'elle provoque potentiellement des tremblements de terre, M. Bouaziz n'a pas nié et renvoyé froidement l'argument au journaliste en affirmant que les secousses telluriques provoquées par un forage sont "comparables au bruit d'un camion qui passe devant chez soi".
Souriant et la mine enjouée, M. Bouaziz cache une autre facette inconnue à l'opinion publique tunisienne. Selon le très sérieux royaldutchshellplc.com, M. Bouaziz traîne avec lui des affaires de corruption au sein du géant des hydrocarbures. Le site spécialisé va plus loin en qualifiant M. Bouaziz, de "vice-président de Shell des affaires avec le dictateur libyen Kadhafi, le gouvernement irakien corrompu et un dictateur africain corrompu".
Mais venons-en aux faits. En 1993, lorsqu'il travaillait pour le compte de Shell au Gabon, M. Bouaziz a fait l'objet d'une enquête concernant ses relations troubles avec Samuel Dossou-Aworet, un proche du président gabonais défunt Omar Bongo dans le cadre de la fameuse affaire de corruption "Elf". Les transactions douteuses de M. Bouaziz ont été étouffées par Harry Roels, son mentor et haut dirigeant chez Shell, dans le but de protéger les investissements de la multinationale au Gabon. Toujours selon royaldutchshellplc.com, en guise de remerciement pour "services rendus" à la firme, M. Bouaziz a été ensuite nommé à son poste actuel suite à une restructuration de l'entreprise.
Une technique qui risque de mettre en danger la vie des Tunisiens, des partenaires douteux et accusés de corruption, le gouvernement tunisien s'enlise doucement dans cette affaire de gaz de schiste qui nous apporte chaque jour de nouvelles révélations promettant de faire éclater bientôt une vraie affaire d'Etat.
Webdo, le 13 novembre 2012

mercredi 7 novembre 2012

L’affaire du gaz de schiste : Chakhari interrogé par Ennahdha ?


La mobilisation de la société civile et de plusieurs partis politiques contre l'intention du gouvernement provisoire d'autoriser l'exploration du gaz de schiste en Tunisie semble porter ses fruits. En effet, une pétition circule déjà dans les couloirs de l'assemblée constituante pour tenir une séance spéciale et urgente à l'Assemblée nationale constituante (ANC) sur l'affaire du gaz de schiste où seront interrogés les ministres de l'industrie et de l'environnement, parties prenantes dans cette décision et responsables potentiels de ses conséquences redoutées sur l'Homme et l'environnement.
La nouvelle a été relayée sur Twitter par Lobna Jeribi, députée d'Ettakattol.
Selon Al Bawsala, l'association qui milite pour la transparence au sein de l'ANC, l'audition des ministres serait curieusement a l'initiative de Mahmoud Gouia, député d'Ennahdha. Pourtant membre du même parti que le ministre de l'industrie, Mohamed Lamine Chakhari.
Le ministre de l'industrie un temps très critiqué pour avoir promu l'exploration du gaz de schiste en Tunisie et défendu l'octroi de l'autorisation au géant énergétique Shell pour chercher du gaz de schiste dans notre pays, est revenu dernièrement à la charge après une accalmie de courte durée. Il a annoncé l'imminence de l'officialisation de cette autorisation. Le Qatar vient de manifester son intention de devenir le premier actionnaire de Shell ce qui relance la polémique sur la collusion supposée entre Ennahdha et les qataris qui se voient accorder par le gouvernement contrôlé par le parti islamiste des privilèges (mines, énergie, transport aérien...) jugés abusifs par l'opposition et la société civile qui accusent le minuscule émirat du Golfe de vouloir faire main basse sur les richesses de la Tunisie et sur son économie.
L'annonce de Chakhari a relancé la mobilisation contre le gaz de schiste dans la société civile, soutenue également par des leaders politiques en vue. Et une campagne vigoureuse se déroule actuellement sur les réseaux sociaux pour dénoncer l'inféodation du gouvernement au Qatar et les dangers de cette énergie.
Webdo, le 7 novembre 2012

samedi 3 novembre 2012

Gaz de schiste : les dangers qui attendent les Tunisiens

La polémique sur les projets du gouvernement provisoire dans le gaz de schiste ne s'est pas éteinte. Malgré la levée de boucliers de la société civile, à laquelle se sont joints des députés de la Constituante, pour dénoncer l'usage de cette technique récente et encore mal maîtrisée. Après avoir tenté de faire taire les critiques et de minimiser les dangers potentiels du gaz de schiste sur l'Homme et l'environnement, le ministre de l’industrie Mohamed Lamine Chakhari revient à la charge pour annoncer l'imminence de l'accord avec la multinationale anglo-néerlandaise Shell pour l'exploitation de cette nouvelle énergie en Tunisie.

Webdo a déjà exposé les enjeux du gaz de schiste en Tunisie. Nous revenons ici en détail sur les principaux risques liés à l'utilisation de cette technique. Des risques importants qui peuvent mettre en danger la vie des Tunisiens.

Tremblements de terre !
L'extraction du gaz de schiste se fait à des profondeurs importantes du sous-sol. Pour ce faire, les ingénieurs utilisent la technique de la fracturation hydraulique (fracking) qui consiste à casser la roche en injectant de l'eau et du sable mélangés avec des produits chimiques pour libérer le gaz piégé à l'intérieur. Cette technique est déjà interdite en France et dans les états de New-York et de Pensylvanie aux Etats-Unis. Et pour cause. En 2011, deux tremblements de terre ont été enregistrés à Blackpool pendant que la compagnie énergétique Cuadrilla "injectait des fluides sous haute pression souterraine pour faire sauter la roche gazéifère" selon le journal anglais The Independant. Ce qui a eu pour effet immédiat la suspension du projet de gaz de schiste en Grande-Bretagne. Ce risque sismique est confirmé par une étude menée aux Etats-Unis qui montre une intensification du nombre de séismes dans des régions où ont lieu des opérations de fracturation hydraulique pour extraire du gaz de schiste. De 21 dans les années 70, les séismes sont passés à 50 en 2009 et à 134 en 2011 !
L'eau est contaminée par les produits chimiques polluants et la... radioactivité
Le gaz de schiste menace même l'eau que nous buvons. Une autre étude américaine démontre clairement les dangers de la fracturation sur la nappe phréatique par le mélange de gaz échappé de la roche et des produits chimiques très polluants utilisés pour l'extraire. En Pensylvanie, les gaz situés à 1600 m de profondeur ont contaminé les eaux situées bien plus haut dans le sol, explique Avner Vengosh, géochimiste à l’université Duke. Comme le montre cette vidéo, des gens aux Etats-Unis qui "vivent près des sites de fracking ont été filmés mettant le feu à l'eau du robinet contaminée par du méthane".
Pire encore, la contamination de l'eau la rendrait même radioactive ! En effet, des documents confidentiels de la très officielle et gouvernementale Agence américaine de protection de l'environnement, EPA, "révèlent que les eaux rejetées par les forages de gaz de schiste sont radioactives à des taux qui peuvent atteindre 1000 fois les limites autorisées pour l’eau de boisson." Des niveaux de radioactivité tellement élevés que les industriels ne peuvent pas les dépolluer complètement.
La pollution provenant du gaz de schiste ne se limite pas à l'eau mais atteint aussi l'air que nous respirons. Une pollution atmosphérique constatée dans au moins une douzaine d'états américains parToxics Targeting, qui collecte des données sur les forages de gaz. Et au Texas, qui a vu ces dernières années la multiplication de forages de gaz de schiste, le nombre d'enfants asmathiques a fortement augmenté dans les villes environnantes.
Risques de cancers
Les émissions atmosphériques de gaz toxiques dues aux opérations d'extraction de gaz de schiste présentent aussi un risque de maladies cancéreuses pour les personnes qui résident près des gisements gaziers. Les traces d'hydrocarbures pétroliers potentiellement cancérigènes ont été relevés par une étude menée pendant trois années par des chercheurs du Colorado School of Public Health. L'étude a démontré la présence dans l'atmosphère d'un cocktail de substances chimiques extrêmement polluantes dont le benzène, considéré comme cancérigène par l'EPA.
Manœuvres douteuses au lieu du principe de précaution
Face à ces risques, graves et multiples, avérés du gaz de schiste par des études scientifiques sérieuses dans des pays qui pratiquent déjà cette technique depuis des années, le gouvernement tunisien se devait de privilégier le principe de précaution pour protéger la population et l'environnement. Rien ne justifie cet empressement zélé du ministre de l'industrie à accélérer les procédures d'octroi de l'autorisation d'exploration à Shell. Et la formidable énergie que déploie M. Chakhari dans les médias pour défendre le gaz de schiste et le dossier de la multinationale est pour le moins surprenante. Dans ce domaine, le responsable de la communication de Shell n'aurait pas fait mieux ! A moins que toute cette manœuvre douteuse ne soit motivée par des intérêts occultes que l'avenir nous dévoilera...
Crédit photo : Plus2016.com
Webdo, le 3 novembre 2012