mercredi 28 décembre 2011

Voyageur, le chemin...

Je voudrais partager avec vous ce beau et subtil poème d'Antonio Machado... 

 

Jamais je n'ai cherché la gloire
Ni voulu dans la mémoire
des hommes
Laisser mes chansons
Mais j'aime les mondes subtiles
Aériens et délicats
Comme des bulles de savon.

J'aime les voir s'envoler,
Se colorer de soleil et de pourpre,
Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater.
 
A demander ce que tu sais
Tu ne dois pas perdre ton temps
Et à des questions sans réponse
Qui donc pourrait te répondre?
 
Chantez en coeur avec moi:
Savoir? Nous ne savons rien
Venus d'une mer de mystère
Vers une mer inconnue nous allons
Et entre les deux mystères
Règne la grave énigme
Une clef inconnue ferme les trois coffres
Le savant n'enseigne rien, lumière n'éclaire pas
Que disent les mots?
Et que dit l'eau du rocher?
 
Voyageur, le chemin
C'est les traces de tes pas
C'est tout; voyageur,
il n'y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur! Il n'y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer.
 
Tout passe et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer

mercredi 21 décembre 2011

"Et maintenant on va où ?" (Idées pour un renouveau du Qotb)

Dans cette note, l'appellation Pôle démocratique moderniste ou Qotb renvoie à un mouvement né d'une dynamique citoyenne, moderniste et progressiste qui va au-delà de toutes ses composantes politiques et associatives. A mon sens, c'est cette dynamique qu'il faut retenir de l'expérience du Qotb pour les élections de l'assemblée constituante (AC).

Le Qotb est sorti meurtri des élections de l'AC. Depuis, les rencontres, les débats et les discussions n'ont pas cessé pour comprendre ce qui s'est réellement passé et tenter de rebondir en vue des prochaines échéances électorales mais aussi pour se reconstruire et construire un véritable projet de société qui incarne les attentes des Tunisiens.

Les débats internes et publics se sont multipliés depuis le 23 octobre. Souvent ils étaient passionnés, parfois dramatiques tournant à la catharsis, et chargés à la fois de l'émotion de la défaite et de l'espoir d'un renouveau qui rend impatients militants et sympathisants. Leurs attentes  sont considérables et immédiates. Ils veulent que le Qotb se ressaisisse pour contrecarrer le projet rétrograde en cours d'installation et espèrent qu'il puisse gouverner avec un vrai projet de société moderne et ambitieux, porteur d'espoirs et fédérateur.

Comment le Qotb doit-il se transformer et que lui manque-t-il pour qu'il aspire à gouverner le pays?

Je dois d'abord dire que le salut du Qotb et des progressistes en général est dans le Rassemblement. Il ne s'agit pas là d'un choix stratégique mais d'une question de survie politique et sociologique. C'est une nécessité vitale.

Pour se rassembler les composantes du spectre progressistes (partis, collectifs citoyens...) doivent se parler et échanger sur les idées qu'elles portent pour forger une pensée commune et fédératrice. Les progressistes doivent aussi apprendre à parler aux représentants des autres bords idéologiques, y compris ceux qui leurs sont diamétralement opposés. Ils doivent apprendre à parler au Tunisien. Pour comprendre comment ils sont perçues et en tirer des leçons pour changer.

Et le Qotb dans tout cela ?

Le Qotb doit se tourner vers les jeunes. 55% des tunisiens ont moins de 30 ans. C’est vital. Le Qotb doit pouvoir incarner leurs rêves et aspirations. Il doit pouvoir leur présenter un projet de société à la hauteur de leurs ambitions.

Le Qotb doit se reconstruire avec des femmes et des jeunes représentatifs de toute la Tunisie. Non pas des mascottes ou des faire-valoir mais de vrais militants engagés et nourris aux valeurs de ce mouvement. Il faut propulser ceux qui font déjà partie de ses composantes avant le 14 janvier et ceux qui ont fait un formidable travail pendant la campagne pour l'AC. Il faut en identifier d’autres également actifs actuellement au sein du Qotb. En recruter aussi. C’est vital ! Ils représentent tout simplement l’avenir du mouvement.
Le Qotb doit faire sa Révolution Culturelle. Sous peine de s'enliser dans une longue crise d'identité qui peut lui être fatale, le Qotb doit changer son auto-perception, sa perception du Tunisien, ses schémas mentaux, son discours, ses outils de communication. A terme, cela l'amènera sans doute à se transformer. Cette transformation est inéluctable et elle est peut-être, sans doute en gestation. Mais n’ayons pas peur pour notre Identité, nos Valeurs, notre Ame. L’identité - a fortiori celle d’un parti ou d'un mouvement - est un concept changeant, qui se construit dans le cheminement et subit des influences sociologiques, historiques, politiques... Nous devons être capables d’en débattre sans tabous, sereinement, sans dramatiser.  

Dans le Qotb nous devons abandonner notre statut si confortable d’”intellectuels”, quitter notre piédestal et respecter le Tunisien, ce qu'il est et ce à quoi il aspire. Nous ne sommes pas ceux qui savent tout parce qu’ils l’ont préalablement si intelligemment et élégamment intellectualisé, ceux qui viennent prêcher la bonne parole auprès du reste d'une population profane. Après le 23 octobre nous avons reçu une grosse claque. Et nous devons nous en servir pour nous réveiller ! C’est un effort important qu’il faudra faire. Douloureux parfois. Mais il faudra le faire pour créer définitivement un véritable lien durable avec le Tunisien, comprendre ses attentes et ses préoccupations et gagner sa confiance.


Le Qotb doit construire rapidement son ancrage dans la population parallèlement à la (re)structuration du mouvement. La tâche est rude. Mais il faudra sans doute abandonner la méthodologie et les outils utilisés pendant la campagne pour l'AC et changer notre façon de voir et de faire. Il faudra le faire en se posant des questions simples :  Qui est le Tunisien (en faisant preuve d'empathie) ? Qui sommes-nous ? Que voulons-nous faire ? 

Le Qotb doit avoir un leadership fort et rassembleur qui incarne une vision claire et qui soit capable de transcender les clivages internes pour fédérer tous ses membres. Ce leadership doit être suffisamment habile politiquement pour rassurer les cadors, les rallier à sa cause et donner de l’espoir aux jeunes.
Le Qotb doit se rallier à un grand projet pour la Tunisie qui se construira nécessairement avec toutes les autres forces progressistes politiques et citoyennes du pays.


La Qotb doit participer à l'édification d'un grand parti populaire pour la Tunisie. Ce parti doit bâtir une machine électorale s'il veut un jour gouverner le pays. Les progressistes disposent de suffisamment de compétences pour le faire. Ils doivent aussi identifier chez eux les animateurs capables de mettre en mouvement cette dynamique ambitieuse.

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