jeudi 8 avril 2010

Les nouveaux éradicateurs



Le Facebook tunisien et arabe a connu une semaine tumultueuse. Tout a commencé avec la disparition mystérieuse de plusieurs profils de facebookers tunisiens et étrangers (notamment égyptiens). Le buzz  a vite fait le tour du réseau social surtout que parmi les "portés disparus" figuraient les profils d'illustres blogueurs tunisiens comme Big Trap Boy, Massir ou encore Zabrat. Derrière cette vague de disparitions se trouve un mystérieux groupe :
المبيد الحشري الفايسبوكي, littéralement "l'insecticide facebookéen". Les créateurs de ce groupe aux relents éradicateurs se sont promis de bannir les "athés, les prosélytes chrétiens et tous les propagateurs de contrevérités dans le Monde Arabe". Vaste programme ! à l'application duquel ils sont immédiatement attelés en diffusant sur la page du groupe la liste noire, mise à jour en permanence, des profils à éliminer. On y trouve essentiellement les défenseurs d'une pensée progressiste, critique vis-à-vis du discours dominante sur la religion, appelant à l'émancipation de la femme ou encore défendant la laïcité. Pour les bannir de Facebook, ces éradicateurs virtuels ont suivi une démarche simple qui profite de la politique floue de Facebook en matière de liberté d'expression. Il s'agit de signaler en masse les profils indésirées, acculant ainsi les administrateurs du réseau social à les bannir. Mais la riposte ne s'est pas faite attendre. Car les victimes de ce puissant insecticide virtuel ont utilisé les ressources de Facebook pour organiser une véritable mobilisation destinée à contrer leurs "bourreaux". Des groupes, notammentمن أجل إغلاق صفحة المبيد الحشري الفايسبوكي  

ou encore TOUS UNIS CONTRE LE GROUPE المبيد الحشري الفايسبوكي ont donc été créés pour lancer la contre-offensive. Le résultat a été efficace puisque le groupe de "l'insecticide facebookéen" a disparu de la Toile après une brève réapparition qui a fait long feu.

Cette affaire nous interpelle sur le statut de la liberté d'expression et l'usage qui en est fait sur Internet, en particulier les réseaux sociaux qui connaissent un succès grandissant depuis quelques années devenant le label du renouveau du Web, communément appelé Web 2.0. Il s'avère aisé de discréditer l'autre au nom de ses propres principes religieux, moraux ou intellectuels. Le caractère même du Web, espace complexe et infini de confrontation d'idées, rend la modération et la médiation difficiles. Dans le cas de Facebook, la politique ambiguë des administrateurs dans ce domaine ne facilite pas les choses. Ces derniers sont coincés entre la nécessité pour eux - pour des raisons commerciales évidentes - d'ouvrir le réseau social au maximum d'internautes tout en faisant respecter un minimum de règles. Reste à le faire dans un espace qui compte aujourd'hui plus de 300 millions d'utilisateurs (dont plus d'1 million de Tunisiens).

Hédi Ben Smail


Liens

http://www.facebook.com/group.php?v=wall&ref=mf&gid=114889375188857 : من أجل إغلاق صفحة المبيد الحشري الفايسبوكي


http://www.facebook.com/#!/pages/TOUS-UNIS-CONTRE-LE-GROUPE-lmbyd-lsry-lfysbwky/108470279186673?ref=ss TOUS UNIS CONTRE LE GROUPE المبيد الحشري الفايسبوكي

jeudi 1 avril 2010

Le "rêve canadien" des jeunes tunisiens

Pour immigrer au Canada, il faudra économiser 1400 dinars et attendre une année avant de vous voir délivrer le précieux sésame, le visa de résident permanent. Avec un peu de chance vous le recevrez en seulement 6 mois. Des conditions loin d'être impossibles pour les jeunes tunisiens qui rêvent d'un ailleurs accueillant. Le Canada, en particulier le Québec, la "belle province" francophone de ce pays, a besoin annuellement de 250 000 immigrants pour assurer sa survie démographique et économique. Et il le fait savoir en organisant annuellement sa journée d'information sur l'immigration qui a eu lieu le 26 mars dernier dans une salle "(...) pleine à craquer de jeunes venus de tous les coins de la Tunisie  (...)", selon nos confrères de Gnet qui on constaté l'engouement croissant de nos jeunes pour le "rêve canadien". Le statut de résident permanent ne constitue pas la garantie de trouver un emploi dans ce vaste pays d'Amérique du Nord mais accorde aux candidats tunisiens à l'immigration une couverture sociale, une assurance maladie et une parfaite égalité de droits avec les autochtones face à l'emploi. Ceux qui le souhaitent bénéficieront automatiquement d'un prêt-bourse pour financer leurs études. 

Vu du Canada, le tableau est enchanteur. Vu de la Tunisie il en est bien autrement. Car notre pays voit ainsi partir ses forces vives, probablement ses meilleurs atouts, formés grâce à l'effort de la communauté nationale. Une hémorragie douloureuse pour un pays qui dit pourtant miser sur ses ressources humaines mais que l'absence de perspectives font littéralement fuir. Nos jeunes candidats au soleil canadien ne partent pas sur un radeau voguant vers l'inconnu, ils sont munis de leurs diplômes chèrent acquis mais qui ont peu de chance de correspondre à un emploi dans leur pays. Ils partent la mort dans l'âme contribuer à l'essor d'une autre nation qui, elle, a su comment les accueillir. Le gâchis est énorme... 
Hédi Ben Smail