jeudi 28 mai 2009

A travers la blogosphère #9


Cette semaine, la blogosphère nous fait découvrir la face cachée d'Ibn Khaldoun et le "militantisme électronique".

A l'occasion de l'anniversaire de la naissance de Abderrahmane Ibn Khaldoun, le 27 mai 1332, Kissa Online nous fait découvrir une autre facette de cet illustre personnage qui a marqué son époque et représente pour beaucoup celui qui a jeté les fondements ce qui est devenu ensuite la sociologie moderne. Louant d'abord les mérites indéniables du penseur, "le premier à avoir apporté des données matérielles (économiques et sociales) pour expliquer les phénomènes sociaux et politiques et à tenter de les cristalliser sous forme de règles générales", le blogueur ne manque pas de s'interroger sur la personnalité d'Ibn Khaldoun pour tenter de "clarifier ses opinions et leurs déterminants". Kissa Online dresse ensuite le portrait psychologique du personnage en citant le Dr. Jemâa Chikha qui évoque les nombreuses "particularités négatives" du sociologue "notamment politiques et morales" et un "comportement machiavélique" qui se combine avec sa grande maîtrise des tenants et des aboutissants du jeu politique de son époque. Le blogueur s'appuie également sur "les sources égyptiennes" qui tout en décrivant Ibn Khaldoun comme un être "affable, empreint de modestie, facile à vivre et solitaire", précisent toutefois que son "arrogance" prend le dessus dès qu'il détient un poste dans la magistrature. Politiquement, Ibn Khaldoun était "machiavélique". Pour parvenir au pouvoir, il était capable de "délation" et "fomentait des complots contre ses amis". Malgré son attachement à l'idée de justice, Ibn Khaldou n'hésitait pas à rappeler que "le gouvernant est d'essence divine" et que ses sujets lui doivent "obéissance" sous peine d'"être tués". Il professait également que "la plume et le sabre sont au service du gouvernant"…

Kissa Online http://kissa-online.blogspot.com

Dans une note ironique, Eddou3aji tourne en dérision ce qu'il appelle le "militantisme électronique". Protestant contre le flot de pétitions qui "étouffent (sa) messagerie électronique" et pullulent sur Facebook, le blogueur émet de sérieux doutes sur le pouvoir d'un "clic de souris" à libérer "le militant congolais" qui croupit dans les geôles de l'oppresseur. Les pétitions, estime le blogueur, sont déjà peu efficaces dans les démocraties traditionnelles où elles sont détournées par les politiques à des fins électoralistes en servant à alimenter des discours populistes destinés à leur faire gagner les élections. Que dire alors des "nos" démocraties… Le blogueur dénonce ensuite le "militant pantouflard" confortablement installé "chez lui ou dans son bureau climatisé" qui croit "satisfaire sa conscience" en signant à distance des pétitions à tout va. Pour Eddou3aji, ces "militants" électroniques "anonymes" ne possèdent même pas cette légitimité acquise par le "courageux militant" traditionnel qui sillonne inlassablement le pays à la recherche de signatures en prenant tous les "risques" pour défendre ses convictions. Il ajoute que le fait de ne pas signer les pétitions électroniques n'est pas synonyme de désaccord avec les principes qu'elles défendent et que les signer n'est pas non plus une preuve de courage ou de bravoure. Et le blogueur de citer, enfin, Bourguiba moquant les membres du vieux Destour qui "protestent, dénoncent… puis finissent par rédiger une pétition avec les larmes de leurs yeux…".

Eddou3aji http://eddou3aji.blogspot.com

Hédi Ben Smail

jeudi 21 mai 2009

A travers la blogosphère #8


 La blogosphère s'agite souvent mais réfléchit aussi. En jeu, notre révolution culturelle et un essai d'une sociologie du débat en Tunisie.

"2,83 millions d'utilisateurs de l'Internet en Tunisie, 8,59 millions d'abonnés à la téléphonie mobile, 6758 sites tunisiens…" Selon les chiffres officiels, notre pays est confortablement installé dans l'ère de la révolution numérique, constate le blog Histoires ordinaires. Mais a-t-il fait pour autant sa révolution culturelle ? s'interroge-t-il. Par analogie, le blog rappelle que l'avènement de l'imprimerie en Europe au XVème siècle a été le prélude à "une renaissance culturelle globale" en Europe. En démocratisant l'accès à l'écrit, favorisant l'essor de la philosophie et des lettres et la diffusion de la connaissance et la formation de la pensée critique, cette invention a remis en cause le dogme de l'Eglise et son monopole sur les consciences et a conduit à une "grande révolution culturelle en Europe et dans le monde" qui a "détruit tous les rêves de domination de l'Eglise dans la société". "Qu'en est-il de notre société ?", s'interroge le blog. "Quelle est l'influence sur la société de 'notre" révolution numérique ?" poursuit-il ? "Est-elle en train de favoriser la créativité dans les arts et la littérature ? De développer les capacités intellectuelles et critiques de créateur ? De contrecarrer l'invasion culturelle des ténèbres et de la culture de la peur, de la censure et de la répression ?" Cette "révolution" a-t-elle permis "l'amélioration du niveau moral et culturel de la société et le nivellement par le haut des médias et le respect de la liberté d'expression ?" Que d'interrogations accompagnées, avoue le blog, de "beaucoup de frustrations et de pessimisme…"

Histoires ordinaires http://dovitch.blogspot.com

En détournant l'intitulé de la célèbre émission de télé-réalité, Andi Ma Nkollek, diffusée sur notre télévision publique, Errances pose la problématique du débat dans la société tunisienne. Le blog note que le tunisien exprime au quotidien un réel besoin de débat. Sa "soif (…) pour parler, s’exprimer, écouter, convaincre" est clairement palpable. Ses intentions en la matière sont "noble(s) et louable(s)". Mais le tunisien est-il "vraiment prêt pour débattre" ?, se demande le blog. Le débat consacre la "différence" et la "divergence d'opinions" et "abhorre l'unanimité (et) la concordance", rappelle-t-il. L'unanimisme de "départ vide donc débat de tout "sens" prévient-il. La société tunisienne est marquée par la pluralité des idées, à l'instar des "autres sociétés qu’elles soient occidentales ou orientales", constate le blog. Et l'éventail des opinions et des tendances dans notre société est large, précise-t-il, qui est composé "de gauchistes, de fondamentalistes, de rcdistes, d’anarchistes, de progressistes, de jusqu’au-boutistes, de khobsistes, de mauvistes, de hitistes, de clubistes, d’espérantistes, …", "voire même d’autistes", ironise-t-il. Mais le tunisien possède sa propre conception du débat, estime le blog, qui s'apparente plutôt au "contentieux (ou au) conflit". Le tunisien "confond tribune et tribunal" et "la présence d'un arbitre" est nécessaire pour que le "débat tunisien" ait lieu. En somme, la culture du débat fait défaut au tunisien qui prend "sa vérité pour 'LA vérité'" et enfonce ainsi le débat dans l'impasse d'"un dialogue de sourds". Cet "ostracisme", que relève le blog, condamne les tunisiens à "se cloitrer dans un ghetto" où "l’on ne se mélange qu’avec ses semblables idéologiques" mais "est-ce que c’est comme ça qu’on va pouvoir avancer ?" se demande le blog. Et au blog de conclure au nécessaire "apprentissage" du débat chez les tunisiens. Mais les idées ne suffisent par, rappelle-t-il, le "courage" et la "capacité d'écouter" sont aussi nécessaires pour sortir de l'auberge.

Errances http://je-peux-dire-une-connerie.blogspot.com

Hédi Ben Smail

mercredi 13 mai 2009

A travers la blogosphère #7


Rien de nouveau sous le soleil du pays de la joie éternelle à quelques mois des élections de 2009, nous rappelle d'un des meilleurs blogs de la Tunisphère, la blogosphère tunisienne. Tandis que le père fondateur de cet espace donne à nos responsables politiques une leçon édifiante de communication politique sur les réseaux sociaux.

Carpe Diem s'étonne de l'absence de toute trace de débat politique sur la place publique en Tunisie à la veille des élections législatives et présidentielles de 2009 contrairement à "d'autres pays démocratiques (où) la bataille entre partis et candidats débute un an avant le vote final". Le blogueur constate qu'"à 5 mois (…) du vote (…) rien ne se passe en Tunisie..". Il rappelle que les élections, censées être "le principal sujet de discussion et de débat dans les médias et entre citoyens", ont cédé la place aux sempiternelles discussions sur "la religion, (…) le foot ou (…) la télé-réalité". Les médias sont étrangement silencieux : "pas de débats, pas d'interviews, pas de sondages", remarque le blogueur. "Le calme règne", ajoute-t-il, même au sein du parti au pouvoir, "seul acteur de ces fausses élections", où tout a déjà été joué d'avance puisque ses militants "ne peuvent même pas choisir le candidat de leur parti aux élections" qui est "toujours le même, évidemment…". Le blogueur énumère ensuite la panoplie de sujets de préoccupation des tunisiens qui devraient donner aux politiques, aux médias et aux citoyens "l'embarras du choix" en matière de débat politique. Chômage, croissance déclinante, systèmes éducatifs et de santé déficients, jeunesse désabusée, corruption, clientélisme, justice, administration, disparités entre les régions… autant de thèmes qui devraient aisément trouver leur place dans le débat public à l'occasion de cette "dernière échéance avant qu'un nouveau 'changement' ne survienne" et que beaucoup "ressentent, appréhendent et attendent en silence", selon le blogueur. Carpe Diem conclut malicieusement sur cette ambiance de "fin de règne" qui rappelle "étrangement celle de l'époque du Roi-Soleil au XVIIè" que décrit ainsi Jean Racine dans Phèdre : "Le Grand Siècle devient bigot, les fêtes brillantes appartiennent au passé et le vieux roi prie pour son âme …"

Carpe Diem http://carpediem-selim.blogspot.com/

Et si les politiques faisaient plutôt campagne sur Facebook ! C'est l'idée originale osée par Hou-Hou Blog à l'adresse des partis politiques tunisiens à l'approche des prochaines échéances électorales. En présentant les statistiques de la présence tunisienne sur Facebook, le blogueur s'interroge à propos de l'immobilisme des partis et se demande pourquoi ils n'ont pas encore "envahi" le premier réseau social mondial. Constatant que près de 5% de la population tunisienne est présente sur Facebook et que la majorité d'entre-elle (400 mille) est en âge de voter, Hou-Hou Blog rappelle les vertus du réseautage social aux responsables politiques pour mobiliser le vote des jeunes, grands "oubliés" des dernières élections de 2004 qui ont concerné "seulement moins de 5 millions de tunisiens (…) inscrits" sur les listes électorales "alors que le pays comptait au moins 6 millions de tunisiens de 20 ans et plus". Selon le blogueur, un plan de campagne virtuel permettrait aux partis de mettre en place des "campagnes ciblées (…) par région et par tranche d'âge". Ceux-ci devraient ainsi abandonner les supports traditionnels d'une campagne classique que le blogueur juge "inutiles, coûteux et inefficaces" et consacrer "50% de leu budget de campagne" à Facebook. Hou-Hou Blog se permet même le luxe de leur conseiller les axes d'une stratégie de campagne virtuelle efficace. D'abord lancer une campagne pour "inciter les jeunes de 18 à 23 ans à s'inscrire sur les listes électorales". Créer ensuite une "page Facebook" du parti qui deviendrait un "centre de communication virtuel" cité dans les différents supports de communication du parti (journal, site web, affiches électorales, discours de ses candidats). Puis demander aux candidats du parti de créer leurs "profils Facebook actifs et participer aussi activement à la page du parti". Enfin, miser sur la caractère "viral" de la communication dans le réseau social pour "passer (le) message et inviter les jeunes à voter pour (son) parti et (ses) candidats". Un cours de communication politique dans les espaces virtuels pour sortir nos partis de la situation bien réelle, elle, d'inaction dans laquelle ils sont empêtrés en permanence.

Hou-Hou Blog http://houblog.net/

Hédi Ben Smail

jeudi 7 mai 2009

A travers la blogosphère #6


La dernière rencontre houleuse des journalistes tunisiens n'est pas passée inaperçue dans la blogosphère.

Le SNJT (Syndicat national des journalistes tunisiens) a choisi l'occasion de la journée internationale de la liberté de la presse pour présenter un rapport annuel critique sur la liberté de la presse en Tunisie que Minerva n'a pas manqué d'afficher sur son blog. Pour illustrer l'ambiance qui régnait à la conférence de presse du SNJT, certains blogs, comme Farda w Lkat Okhtha se sont contentés de reprendre la vidéo tournée par un journaliste présent sur place de la tentative d'agression de M. Néji Bghouri, président du SNJT par un "collègue", M. Kamel Ben Younès d'Assabah qui ne partageait visiblement pas le contenu du rapport pourtant préparé par son propre syndicat. Cette vidéo où on voit ce dernier se ruer sur son président pour tenter de l'agresser se passe en effet de tout commentaire. Some thoughts from Tunisia, tout en rappelant que le président du SNJT était "démocratiquement élu, chose rare en Tunisie", a tenu tout de même à préciser que M. Ben Younes est le "président de la commission de déontologie" au SNJT. Et le blogueur d'ironiser sur le souci de "l'éthique du métier" et le sens de "la culture du dialogue et du respect des collègues" de M. Ben Younes, inscrits dans la "pure méthode mauve"…

Minerva http://minerva2presse.blogspot.com
Farda w Lkat Okhtha http://farda-w-la9att-o5taha.blogspot.com
Some thoughts from Tunisia http://a-free-tn.blogspot.com
Texte intégral du rapport annuel du SNJT sur la liberté de la presse en Tunisie http://www.snjt.org/images/doc/rapport_liberteII.pdf

A travers trois figures différentes - développement inégal, immigration et liberté d'expression, Marteau illustre la réalité actuelle de problématiques socio-économiques et politiques majeures dans nos pays, demeurées figées dans le siècle dernier…

En visionnant sur l'écran de son ordinateur une vidéo amateur prise par un randonneur dans le centre et le sud-ouest de la Tunisie, le blogueur a supprimé les couleurs pour se rendre compte que le paysage rappelle étrangement la "Tunisie des années 60 du siècle dernier" : "mêmes bâtiments, mêmes rues, la misère et la précarité des jeunes". Et le blogueur de constater que "les disparités persistent entre les régions (…) un demi-siècle plus tard" : "concentration de projets économiques et de la population dans certaines villes côtières" et "vide et misère à l'intérieur du pays". Ces problèmes socio-économiques encore persistants chez nous, étaient pourtant présents à "une époque non lointaine" dans d'autres pays européens, "Portugal, Espagne, Italie, Grèce" et non-européens, "Corée du Sud, Malaisie" mais on été éradiqués "à force d'efforts". Marteau évoque ensuite le discours sur l'immigration d'éminents responsables politiques en Tunisie "durant les années 60 et jusqu'au début des années 70" qui clamaient son caractère "temporaire" alors qu'aujourd'hui "aucun responsable n'ose dire le contraire", l'immigration étant devenue "un exutoire pour le chômage" et une source permanente de devises. Et de rappeler que les mêmes pays cités précédemment, "Portugal, Espagne, Grèce…" étaient aussi concernés jusqu'à une époque récente par "l'immigration économique de leur jeunesse"… La dernière figure présentée par le blogueur est l'état lamentable de la liberté d'expression dans les pays arabes. Alors qu'ils ne sont que "10% des pays de la planète", nos pays arabes, "des professionnels du despotisme", représentent "60% des pays ennemis de la liberté d'expression" dans le monde. Cette triste réalité reflétée de manière récurrente par "ces chiffres criants de vérité" est désormais "la marque déposée par excellence" de nos régimes. Et le blogueur de noter que le despotisme était aussi pratiqué par la plupart des pays de la planète "depuis les années 50 et jusqu'à une époque non lointaine au siècle dernier" y compris "au Portugal, en Espagne, en Grèce, en Corée du Sud et en Malaisie"…

Marteau http://martodefer.blogspot.com

Hédi Ben Smail