mercredi 21 novembre 2012

Parité à l’ISIE : les démocrates m’ont tueR (*)

Grosse déception hier à l'assemblée nationale constituante (ANC). La parité ne sera pas appliquée dans la nouvelle Instance supérieure indépendante des élections (ISIE). Comme cela avait été pourtant le cas lors des élections de la constituante. Lorsque la haute instance de réalisation des objectifs de la révolution sous l'impulsion de Yadh Ben Achour avait réussi à promouvoir la parité dans le scrutin. Dans la logique des choses, l'on s'attendait à ce que la parité soit reconduite dans la composition de l'ISIE. Hélas ! Un grand rendez-vous avec l'histoire a été raté. Et la faute en revient paradoxalement aux... démocrates eux-mêmes, premiers défenseurs (supposés) de la parité.

Coupables et premiers responsables : les députés du bloc démocratique
La partie était très serrée. Et lorsqu'on examine le décompte final des voix fourni par Marsad, on se rend compte que la bataille a été perdue de très peu. Car il ne manquait que 7 voix  pour que la parité à l'ISIE passe.
Hier, curieusement plusieurs députés du bloc démocratique ont déserté l'hémicycle avant ce vote pourtant crucial. Ils étaient douze à ne pas avoir fait le déplacement. Ce nombre était largement suffisant pour faire triompher la parité. Mais par leur défection, ces absents ont eu tort et causé un tort majeur au combat pour la parité et l'égalité. Parmi les absents, des hérauts des libertés et des droits humains comme Samir Taieb, le député d'El Massar. Ou encore Issam Chebbi, dont le parti, Al Joumhouri, dirigé par une... femme, en l’occurrence Maya Jribi, est pourtant l'un des fervents défenseurs des droits des femmes. Sans oublier les Mehdi Ben Gharbia, Moncef Cheikhrouhou, Mahmoud El May, Mongi Rahoui...
Quand les démocrates s'allient à Ennahdha
Les démocrates n'ont pas seulement brillé par leur absence. Certains d'entre-eux ont même carrément torpillé la parité en votant contre ! Slaheddine Zahaf et Mohamed Ali Gharsalli, pourtant membres du même bloc démocratique, ont joint leurs voix aux députés d'Ennahdha pour faire barrage à la parité. Habib Ellouze, Ameur Laarayadh, Habib Kheder, Zied Laadhari... pour ne citer que ces pontes nahdhaouis peuvent être fiers d'avoir rallié à leur "cause" ceux qui se disent démocrates face aux caméras pour ensuite jouer aux félons dans les coulisses. Et il n'y avait pas que les hommes d'Ennahdha qui ont tué la parité dans l'oeuf puisque "leurs" femmes se sont particulièrement illustrées en votant très majoritairement contre. A l'exception notable de Farida Labidi qui a été le seul membre du parti islamiste (hommes et femmes confondus) et la seule femme d'Ennahdha à voter en faveur de la parité.
Autre star nahdhaouie et non des moindres à "casser de la parité", Mehrezia Labidi. La vice-présidente de l'ANC, en campagne permanente sur la thème de la "femme modèle" alliant tradition et modernité et se voulant la "représentante officielle de la femme tunisienne" et de ses causes historiques a raté une belle occasion pour la défendre avec la sincérité et le courage qu'on lui connait. Puisqu'elle était tout simplement absente.
Ettakattol tient toujours ses promesses
Autres "grands" absents de ce vote, la cohorte d'Ettakattol. Mustapha Ben Jâafar et ses principaux lieutenants Khalil Ezzaouia, Abdellatif Abid et Abderramane Ladgham ont préféré se retirer discrètement (Ben Jâafar ayant été moins discret). Ne nous avaient-ils pas juré et rabâché à longueur de médias que leur participation à la Troïka avait pour seul objectif de défendre les valeurs modernistes et progressistes et d'empêcher Ennahdha de faire cavalier seul ? Et bien, messieurs, c'est réussi ! Bravo pour le travail !
Pour couronner ce concert d'honneurs fait à la démocratie, le geste généreux de Lobna Jribi - encore une députée d'Ettakattol - qui a "rendu service" à deux de ses collègues en votant... à leur place. Chose formellement interdite par l'article 94 du règlement interne de l'ANC qui rappelle que "le vote est personnel et ne peut se faire par procuration ou par correspondance".
Al Bawsala à l'honneur
Enfin, il faut saluer le travail gigantesque de l'association Al Bawsala qui se mobilise pour la transparence de l'information à l'ANC. Ce sont ses militants qui, à chaque fois, rassemblent et mettent à la disposition du public les données relatives au vote malgré le peu d'empressement, voire même l'obstruction, manifesté par l'ANC à les y aider. Cette jeune association a déjà réussi son pari. Et malgré les difficultés, elle est parvenue à regrouper toutes les informations utiles sur les députés de l'ANC, leurs activités dans les commissions et leur vote, dans l'excellent Marsad. Un site à consulter impérativement pour suivre de près le travail des élus de la nation, très critiqués par nombre de nos concitoyens pour leur lenteur et leur inefficacité alors qu'ils sont payés aux frais de la princesse.
Crédit photo : Divertsité.be
(*) Il ne s'agit pas d'une erreur de frappe. Le titre de l'article est un clin d'oeil à la célèbre inscription, faite avec son sang, attribuée à Ghislaine Marchal, présumée assassinée par Omar Raddad, le jardinier marocain gracié en 1998 par Jacques Chirac.

Webdo, le 21 novembre 2012

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