samedi 3 novembre 2012

Gaz de schiste : les dangers qui attendent les Tunisiens

La polémique sur les projets du gouvernement provisoire dans le gaz de schiste ne s'est pas éteinte. Malgré la levée de boucliers de la société civile, à laquelle se sont joints des députés de la Constituante, pour dénoncer l'usage de cette technique récente et encore mal maîtrisée. Après avoir tenté de faire taire les critiques et de minimiser les dangers potentiels du gaz de schiste sur l'Homme et l'environnement, le ministre de l’industrie Mohamed Lamine Chakhari revient à la charge pour annoncer l'imminence de l'accord avec la multinationale anglo-néerlandaise Shell pour l'exploitation de cette nouvelle énergie en Tunisie.

Webdo a déjà exposé les enjeux du gaz de schiste en Tunisie. Nous revenons ici en détail sur les principaux risques liés à l'utilisation de cette technique. Des risques importants qui peuvent mettre en danger la vie des Tunisiens.

Tremblements de terre !
L'extraction du gaz de schiste se fait à des profondeurs importantes du sous-sol. Pour ce faire, les ingénieurs utilisent la technique de la fracturation hydraulique (fracking) qui consiste à casser la roche en injectant de l'eau et du sable mélangés avec des produits chimiques pour libérer le gaz piégé à l'intérieur. Cette technique est déjà interdite en France et dans les états de New-York et de Pensylvanie aux Etats-Unis. Et pour cause. En 2011, deux tremblements de terre ont été enregistrés à Blackpool pendant que la compagnie énergétique Cuadrilla "injectait des fluides sous haute pression souterraine pour faire sauter la roche gazéifère" selon le journal anglais The Independant. Ce qui a eu pour effet immédiat la suspension du projet de gaz de schiste en Grande-Bretagne. Ce risque sismique est confirmé par une étude menée aux Etats-Unis qui montre une intensification du nombre de séismes dans des régions où ont lieu des opérations de fracturation hydraulique pour extraire du gaz de schiste. De 21 dans les années 70, les séismes sont passés à 50 en 2009 et à 134 en 2011 !
L'eau est contaminée par les produits chimiques polluants et la... radioactivité
Le gaz de schiste menace même l'eau que nous buvons. Une autre étude américaine démontre clairement les dangers de la fracturation sur la nappe phréatique par le mélange de gaz échappé de la roche et des produits chimiques très polluants utilisés pour l'extraire. En Pensylvanie, les gaz situés à 1600 m de profondeur ont contaminé les eaux situées bien plus haut dans le sol, explique Avner Vengosh, géochimiste à l’université Duke. Comme le montre cette vidéo, des gens aux Etats-Unis qui "vivent près des sites de fracking ont été filmés mettant le feu à l'eau du robinet contaminée par du méthane".
Pire encore, la contamination de l'eau la rendrait même radioactive ! En effet, des documents confidentiels de la très officielle et gouvernementale Agence américaine de protection de l'environnement, EPA, "révèlent que les eaux rejetées par les forages de gaz de schiste sont radioactives à des taux qui peuvent atteindre 1000 fois les limites autorisées pour l’eau de boisson." Des niveaux de radioactivité tellement élevés que les industriels ne peuvent pas les dépolluer complètement.
La pollution provenant du gaz de schiste ne se limite pas à l'eau mais atteint aussi l'air que nous respirons. Une pollution atmosphérique constatée dans au moins une douzaine d'états américains parToxics Targeting, qui collecte des données sur les forages de gaz. Et au Texas, qui a vu ces dernières années la multiplication de forages de gaz de schiste, le nombre d'enfants asmathiques a fortement augmenté dans les villes environnantes.
Risques de cancers
Les émissions atmosphériques de gaz toxiques dues aux opérations d'extraction de gaz de schiste présentent aussi un risque de maladies cancéreuses pour les personnes qui résident près des gisements gaziers. Les traces d'hydrocarbures pétroliers potentiellement cancérigènes ont été relevés par une étude menée pendant trois années par des chercheurs du Colorado School of Public Health. L'étude a démontré la présence dans l'atmosphère d'un cocktail de substances chimiques extrêmement polluantes dont le benzène, considéré comme cancérigène par l'EPA.
Manœuvres douteuses au lieu du principe de précaution
Face à ces risques, graves et multiples, avérés du gaz de schiste par des études scientifiques sérieuses dans des pays qui pratiquent déjà cette technique depuis des années, le gouvernement tunisien se devait de privilégier le principe de précaution pour protéger la population et l'environnement. Rien ne justifie cet empressement zélé du ministre de l'industrie à accélérer les procédures d'octroi de l'autorisation d'exploration à Shell. Et la formidable énergie que déploie M. Chakhari dans les médias pour défendre le gaz de schiste et le dossier de la multinationale est pour le moins surprenante. Dans ce domaine, le responsable de la communication de Shell n'aurait pas fait mieux ! A moins que toute cette manœuvre douteuse ne soit motivée par des intérêts occultes que l'avenir nous dévoilera...
Crédit photo : Plus2016.com
Webdo, le 3 novembre 2012

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire